La ville récompensée par « Les rubans du patrimoine »
La ville de Saint-Yrieix s’est vue décerner un « prix départemental » lors de la 18e édition du concours « Les rubans du Patrimoine ».
La ville de Saint-Yrieix a récemment participé à la 18e édition du concours « Les rubans du Patrimoine », organisée conjointement par la fédération Française du Bâtiment, l’Association des Maires de France, Dexia, et la Fondation du Patrimoine, en présentant la réfection du Château de la Brégère.
Cette récompense confirme la volonté de la ville de sauvegarder son patrimoine et son histoire…
Un petit peu d’histoire…
Le village de La Bregère ou Brégère, situé dans l’ancienne paroisse de Quinsac, à environ un kilomètre au N/O de ce bourg, est caractérisé par son château. L’origine toponymique du nom du lieu est en rapport direct avec l’environnement naturel. La présence de landes de bruyère auprès du château et dans les alentours (voir le hameau proche Les Landes de Quinsac) a évolué de l’occitan bruguièr ou brugairàs (champs touffus de bruyère) en Brugère puis Brégère.
Dans l’État des fonds de la paroisse de Quinsac, daté de 1753, le village s’appelle encore « La Brugère » ou « La Brugière » et couvre un territoire d’environ 75 hectares. Effectivement, en plus du hameau comprenant le château et ses dépendances directes dont une grange ovalaire en bon état mais qui a perdu son toit de chaume, le domaine comprend aussi un moulin (aujourd’hui dénommé « le moulin de la Brégère »).
À l’une des extrémités du hameau se tient le bâtiment principal, appelé un peu improprement « château », selon la coutume populaire. Il se situe en marge des parties agricoles dont il est séparé par la route et domine un petit étang.
Dans les actes et documents d’archives, le nom de La Brugère est mentionné dès le XVIe siècle : en 1563, lors du mariage de Mérigot Valette, dit sieur de la Brugère, avec Anne de Jarrige.
Au XVIIe siècle, La Brugère appartient à la famille du Garreau : successivement Jacques, puis Adrien du Garreau du Puy de Bette et Gabriel du Garreau. Il s’agit d’une famille ancienne, bien connue à Saint-Yrieix et composée de propriétaires terriens mais aussi de chanoines influents du chapitre de la collégiale.
C’est d’ailleurs Adrien du Garreau, sieur de la Brugière, qui obtient en 1618 du chapitre de Saint-Yrieix, le droit de litre et tombeau dans l’église de Quinsac et le droit de mettre des girouettes sur sa maison. Cette dernière mention a son importance et permet de cerner le rang du propriétaire mais aussi l’évolution du bâtiment principal : le petit château. Il est évident que celui-ci est alors construit depuis plusieurs décennies, sans doute depuis les années 1550 ou même avant. Le château devait déjà exister sous sa forme actuelle au moment du mariage de Mérigot Valette avec Anne de Jarrige en 1563.
Il se compose aujourd’hui d’un corps de logis rectangulaire appliquée sur l’un des murs pignons et desservi par une tour abritant un escalier à vis avec des marches en pierre. À l’extrémité nord se situe une autre tour circulaire de bon diamètre en partie effondrée. Elle possédait au moins trois niveaux. Cette tour qui a l’apparence (et peut-être l’utilité défensive) d’un donjon, communiquait à chaque palier avec les grandes salles du corps de logis. Dans celui-ci, au-dessus d’une vaste cave voûtée, on trouve une première salle vraisemblablement destinée aux réceptions et pourvue de baies profondes avec des coussièges en pierre qui donnent sur le petit étang en contrebas. Le mur opposé à l’entrée est pourvu de boiseries qui encadrent une cheminée basse. Les tables des boiseries sont surmontées de motifs de coquilles dont le style classique laisse supposer une datation fin XVIIe siècle.
Par l’escalier, on accède à une seconde grande salle, plutôt réservée à l’usage privé de la famille. Il est à noter que ces deux pièces n’ont pas été cloisonnées et que la cheminée de la seconde n’est plus visible. Enfin, une troisième pièce sous les hauts combles laisse voir une charpente assez spectaculaire. À noter au débouché de l’escalier, des trous dans la maçonnerie vers l’extérieur, interprétable comme des trous de boulins mais qui aurait pu retenir un palier disparu ce qui laisse supposer une toiture différente, sans doute plus haute que l’actuelle.
Par son architecture, ce château que l’on peut aussi nommer « gentilhommière », témoigne de l’ascension d’une petite aristocratie, qui se logeait à la campagne. Sa demeure reprend, en plus modeste, le modèle du château seigneurial et se dote des attributs du pouvoir qui sont aussi ceux de la défense. En temps de guerre, ce domaine ne devait guère pouvoir tenir plus que quelques heures. On peut considérer que la grande tour, aujourd’hui en partie écroulée, pouvait servir de tour de défense.
Aux alentours de 1780, le comte Jean-Baptiste du Authier loue son bien de la Brugère à sa tante Marie et part s’installer tout d’abord à Limoges, puis au château de la Baconnaille à Auriat en Creuse, dans la famille de sa femme. Il y décède le 17 mai 1810. Dès lors l’entretien du château va être progressivement délaissé.
La famille émigre en Angleterre à la Révolution, les biens sont confisqués et vendus. En 1794, ils sont adjugés à Elie Autier, notaire à Saint-Yrieix qui n’a aucun lien de parenté avec son homonyme coussacois. C’est cette autre famille qui en serait restée propriétaire au début du XIXe siècle.
Depuis le milieu des années 1950, le château, inhabité, appartenait à une famille Beylier. En très mauvais état, il a été racheté en 2009, par la Commune de Saint-Yrieix. Elle l’a fait entrer dans son patrimoine afin de le sauvegarder, car cette gentilhommière, même si elle n’a rien d’unique en Limousin, permet de restituer les aléas d’un domaine de la petite aristocratie rurale durant l’Ancien Régime. Le bâtiment est en effet resté relativement intact du fait de l’impossibilité pour les propriétaires de le moderniser.
Les charpentes et les couvertures ont été refaites dans le souci constant de conservation des pièces anciennes et de restitution quasiment à l’identique. Les planchers ont suivi mais le plus important chantier sera la reconstruction de la tour nord, programmé en 2013.
Sources : atelier Histoire & Patrimoine du CALC. Josette Bosselut, Zoé Darsy.
MAIRIE DE ST-YRIEIX
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